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Chausson CHS

Histoire de la Chausson CHS

Les origines : l'empire Chausson

En 1907, les frères Gaston et Jules Chausson fondent à Asnières-sur-Seine une entreprise de chaudronnerie spécialisée dans les radiateurs pour la jeune industrie automobile (clients : Corre, Panhard, Berliet, Mors, Clément...). Pendant la Première Guerre mondiale, Chausson se réoriente vers l'aviation : ses radiateurs équiperont 80 % des avions alliés. L'entreprise passe de 350 salariés en 1914 à 2 000 en 1918, avec un chiffre d'affaires multiplié par 16.

Entre les deux guerres, la société devient un véritable groupe (elle pèse le tiers du CA de Peugeot avant 1939), prend une participation dans Chenard & Walcker dès 1936 et développe une activité de conception d'autobus.

La naissance de la CHS (1942)

Pendant l'Occupation, les usines Chausson sont réquisitionnées par l'armée allemande et produisent notamment des carlingues d'avions. En 1942, Pierre Chausson (fils du fondateur) devient directeur général et s'adjoint Jacques Poitrine comme directeur technique.

L'occupant interdisant le développement de voitures particulières, un bureau d'études clandestin conçoit secrètement, dans un pavillon de Bois-Colombes, une petite voiture. Pour masquer ce projet, il est officiellement présenté comme un petit fourgon sous la marque Chenard & Walcker, et baptisé CHS (pour revendiquer la paternité de Chausson).

Une microcar d'avant-garde

La CHS est une voiture découvrable, conçue pour être économique — elle préfigure la catégorie des microcars de l'après-guerre (Rovin, Mochet...). Au moins un prototype est construit : le n° 0001.

Présentée au Salon de Paris en 1947, elle ne peut cependant pas être lancée en production : Chausson n'obtient pas les autorisations nécessaires et l'acier, rationné, doit être réservé aux autocars — un marché jugé plus stratégique. L'oubli outre-Manche

Faute de production, les frères Chausson proposent à l'industriel britannique Tom Delaney (Delaney-Gallay, société sœur de Gallay, future composante de Chausson) de fabriquer la CHS au Royaume-Uni. L'un des prototypes est envoyé en Angleterre, mais malgré les négociations avec le gouvernement britannique, le projet échoue là aussi

La CHS finit oubliée dans un garage britannique pendant près de 70 ans.

La résurrection (2012)

En 2012, Christophe Chausson, petit-fils de l'un des deux fondateurs, acquiert le prototype lors d'une vente aux enchères. Il est patiemment restauré par l'équipe de spécialistes d'O-One, puis exposé pour la première fois au salon Rétromobile 2017.

Un ouvrage co-écrit par Christophe Chausson et Fabrice Bloch retrace l'histoire des Usines Chausson et du prototype CHS.

L'héritage de Chausson

Au-delà de la CHS, Chausson restera un géant industriel français :

  • 1917 : premier fabricant mondial de radiateurs d'avions
  • 1950 : premier constructeur français de cars (notamment pour la RATP)
  • 1973 : premier fabricant mondial de radiateurs
  • Début des années 1980 : premier constructeur européen de véhicules utilitaires légers
  • Production des caisses des Versailles, PL17 et Dauphines ; activité aussi dans le train, l'avion, les réfrigérateurs...
  • Jusqu'à 18 000 salariés à son apogée

En résumé, la Chausson CHS est une microcar prototype (1942, n° 0001) conçue clandestinement sous l'Occupation, jamais produite en série, oubliée 70 ans en Angleterre et ressuscitée en 2012 par le petit-fils du fondateur. Une histoire à la fois industrielle et familiale.

 

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