Les origines (1867-1900). La marque a été fondée par l'ingénieur américain Benjamin Berkeley Hotchkiss (1826-1885), qui ne réussissant pas à percer auprès de l'armée de son pays, s'installe en France en 1867. Il crée une usine à Viviez (près de Rodez), puis à Saint-Denis en 1875, où la société devient un fournisseur majeur de l'armée française : canons revolver, puis la célèbre mitrailleuse modèle 1914. L'emblème de la marque — deux canons croisés surmontés d'une grenade — rappelle cette origine militaire
Le lancement automobile (1902-1939). Dès 1901, Hotchkiss fabrique des pièces pour d'autres constructeurs (Panhard, De Dion-Bouton), puis présente ses premiers châssis-moteurs en 1904. Le slogan des années 1920, « La voiture du juste milieu », résume son positionnement : une clientèle bourgeoise aisée recherchant confort et discrétion. Les séries AM puis AM80 à moteurs 6 cylindres font sa réputation, et la marque brille en compétition, remportant le Rallye de Monte-Carlo en 1932, 1933, 1934, 1939, 1949 et 1950). En 1936-37, Hotchkiss rachète Amilcar et expose l'Amilcar Compound de Jean-Albert Grégoire, une voiture très moderne (traction avant, châssis allié léger) mais trop coûteuse. L'entreprise produit aussi des chars (H35) et des camions.
L'après-guerre et le déclin (1945-1954). Après 1945, Hotchkiss relève des modèles d'avant-guerre : les Artois puis Anjou (Salon 1950). En 1951, la Hotchkiss-Grégoire — traction avant, moteur plat, châssis aluminium, 15 ans d'avance — est un échec commercial : industrialisation trop coûteuse, seulement 247 exemplaires, ce qui aggrave les finances . Après la fusion avec Delahaye en juillet 1954, Hotchkiss abandonne les voitures de tourisme. Le dernier modèle, la Monceau carrossée par Chapron, ne sera jamais commercialisé
Les Jeep et la disparition (1954-1970). Hotchkiss se reconvertit dans les Jeeps sous licence Willys (le fameux M201 de l'armée française), fusionne avec Brandt en 1956, puis intègre Thomson-Houston en 1966. La production de véhicules cesse vers 1969-1970, et le nom disparaît dans le groupe Thomson-Brandt
Un héritage technique : le nom « pont de type Hotchkiss » (Hotchkiss drive) désigne encore aujourd'hui une architecture classique de transmission automobile par arbre et ressorts à lames localisant le pont arrière
L'Hotchkiss Grégoire Coach — une voiture trop en avance sur son temps
Le contexte
L'Hotchkiss-Grégoire est une voiture de luxe dérivée du prototype « R » que l'ingénieur Jean-Albert Grégoire présenta au Salon de Paris en octobre 1947. Le 29 juin 1949, Hotchkiss (usine de Saint-Denis) signa le contrat pour sa mise en fabrication, et la commercialisation débuta à l'été 1951
Techniquement, c'était une révolution pour une maison réputée conservatrice : traction avant, moteur 4 cylindres à plat de 2,2 L (2187 cm³, 75 ch) refroidi par eau en porte-à-faux avant, quatre roues indépendantes à suspension à flexibilité variable, joints homocinétiques Tracta, et surtout une structure de châssis coulée en alliage léger (Alpax), avec une carrosserie aérodynamique étudiée en soufflerie. Rapide (150-160 km/h) et sobre, elle avait « 15 ans d'avance sur son temps »
Le Coach
Face aux ventes décevantes de la berline 4 portes, Hotchkiss présenta au Salon de Paris des versions spéciales carrossées par Henri Chapron : un coach (coupé 2 portes, 5 places) et un cabriolet, dévoilés au Salon de 1953. Ils n'existèrent qu'en sept exemplaires chacun :
Le coach se distinguait par une ligne profilée avec une lunette arrière « panoramique » attrayante, dans un style plus streamliné que la berline, qui conservait des ailes semi-saillantes
La fin
Le prix de vente fut fatal : environ 1 800 000 francs en 1950 — le double d'une Citroën Traction 15 CV six cylindres — alors même que la voiture était à peine rentable, l'industrialisation de l'aluminium coulé s'étant révélée coûteuse et imprécise. L'aventure compromit gravement l'équilibre financier de Hotchkiss dès 1952. La production s'arrêta en 1954 après 247 exemplaires (berlines n° 501 à 747, plus 5 pré-série), dont ces 7 coaches et 7 cabriolets. La même année, Hotchkiss fusionna avec Delahaye et abandonna les voitures de tourisme -
Aujourd'hui, un coach est classé Monument Historique et exposé à la Cité de l'Automobile de Mulhouse (collection Schlumpf, propriété de l'Institut pour l'histoire de l'aluminium). Il en subsisterait moins de 60 Grégoire au total, ce qui en fait l'une des voitures de tourisme françaises les plus rares