L'Hotchkiss Grégoire Coach — une voiture trop en avance sur son temps
Le contexte
L'Hotchkiss-Grégoire est une voiture de luxe dérivée du prototype « R » que l'ingénieur Jean-Albert Grégoire présenta au Salon de Paris en octobre 1947. Le 29 juin 1949, Hotchkiss (usine de Saint-Denis) signa le contrat pour sa mise en fabrication, et la commercialisation débuta à l'été 1951
Techniquement, c'était une révolution pour une maison réputée conservatrice : traction avant, moteur 4 cylindres à plat de 2,2 L (2187 cm³, 75 ch) refroidi par eau en porte-à-faux avant, quatre roues indépendantes à suspension à flexibilité variable, joints homocinétiques Tracta, et surtout une structure de châssis coulée en alliage léger (Alpax), avec une carrosserie aérodynamique étudiée en soufflerie. Rapide (150-160 km/h) et sobre, elle avait « 15 ans d'avance sur son temps »
Le Coach
Face aux ventes décevantes de la berline 4 portes, Hotchkiss présenta au Salon de Paris des versions spéciales carrossées par Henri Chapron : un coach (coupé 2 portes, 5 places) et un cabriolet, dévoilés au Salon de 1953. Ils n'existèrent qu'en sept exemplaires chacun :
Le coach se distinguait par une ligne profilée avec une lunette arrière « panoramique » attrayante, dans un style plus streamliné que la berline, qui conservait des ailes semi-saillantes
La fin
Le prix de vente fut fatal : environ 1 800 000 francs en 1950 — le double d'une Citroën Traction 15 CV six cylindres — alors même que la voiture était à peine rentable, l'industrialisation de l'aluminium coulé s'étant révélée coûteuse et imprécise. L'aventure compromit gravement l'équilibre financier de Hotchkiss dès 1952. La production s'arrêta en 1954 après 247 exemplaires (berlines n° 501 à 747, plus 5 pré-série), dont ces 7 coaches et 7 cabriolets. La même année, Hotchkiss fusionna avec Delahaye et abandonna les voitures de tourisme -
Aujourd'hui, un coach est classé Monument Historique et exposé à la Cité de l'Automobile de Mulhouse (collection Schlumpf, propriété de l'Institut pour l'histoire de l'aluminium). Il en subsisterait moins de 60 Grégoire au total, ce qui en fait l'une des voitures de tourisme françaises les plus rares