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Hispano-Suiza

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Hispano-Suiza : histoire d'une marque automobile légendaire

Les débuts (1898–1904)

L'histoire commence avec Emilio de la Cuadra, un officier espagnol qui fonde en 1898 à Barcelone la Compañía General Española de Coches Automóviles La Cuadra. Il engage un jeune ingénieur suisse, Marc Birkigt (1886–1953), qui deviendra l'âme de la marque. Après la faillite de La Cuadra, l'entreprise est rebaptisée Hispano-Suiza (Fábrica La Hispano-Suiza de Automóviles) en 1904, avec le soutien du financier Juan Vives, reflétant l'association hispano-suisse.

L'essor (1905–1914)

Birkigt conçoit des voitures innovantes et fiables qui s'imposent rapidement en course. Le modèle 15T Alfonso XIII (1910), un petit roadster sportif nommé en l'honneur du roi d'Espagne, devient la première voiture de sport de série. La réputation de la marque pousse à l'ouverture d'une usine en France, à Levallois-Perret puis Bois-Colombes (1911-1913), la France devenant rapidement le principal marché.

La Première Guerre mondiale : l'avion

La Grande Guerre transforme la marque. Hispano-Suiza met au point des moteurs d'avion en V8 (notamment le V8 de 150 ch) — légers, puissants et fiables, ils équipent les SPAD S.VII et S.XIII, les chasseurs de Guynemer et Fonck. Le moteur devint si emblématique que l'avion de Georges Guynemer, une cigogne dessinée par le peintre Georges Villa, devint le symbole officiel de la marque — l'origine du logo cigogne.

L'âge d'or (1919–1936) : le "Rolls-Royce des latins"

Après la guerre, Hispano-Suiza règne sur le luxe automobile :

  • H6 (1919) : chef-d'œuvre de Birkigt, moteur 6 cylindres dérivé de l'aviation, culasse en aluminium, et surtout la première application sérieuse de freins de servofrein assistés (un brevet cédé... à Rolls-Royce, qui l'utilisa jusqu'en 1954 !). Elle roulait à plus de 130 km/h.
  • H6C "Boulogne" et versions sportives victorieuses à George Boillot au volant.
  • J12 (1932) : le sommet absolu — V12 de 9,4 litres, châssis monumental, carrosseries des plus grands (Saoutchik, Kellner, Hibbard & Darrin, Vanvooren). La voiture de Croesus, des maharajahs et d'André Citroën.

Les clients carrossaient les châssis chez les plus grands artisans, Hispano-Suiza ne fournissant que châssis-moteurs — comme Rolls-Royce en gamme Bentley.

Le déclin

La crise de 1929 frappe durement ce marché ultra-haut de gamme. L'usine de Barcelone s'en sort mieux en se tournant vers les camions, avions et matériel militaire (ce qui donnera après 1946 ENASA/Pegaso). La France nationalise partiellement l'aviation (Hispano-Suiza devient SNECMA pour la partie moteurs, 1937, via la Gnome & Rhône). La production automobile cesse à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

L'héritage

  • Aéronautique : la lignée moteurs a continué via SNECMA (Safran aujourd'hui).
  • Espagne : Pegaso reprit les installations de Barcelone.
  • Nom : relancé en 2019 par l'entreprise Suñer avec l'Hispano-Suiza Carmen, supercar électrique de plus de 1 000 ch fabriqué à Barcelone, qui réactive la marque et sa cigogne.
  • Le nom demeure synonyme de raffinement technique : le servofrein de Birkigt, moteur d'aluminium, et la devise attribuée à la marque — « Le meilleur n'est jamais trop » — résument son esprit.

    Hispano-Suiza  Type Alphonse XIIIType Alphonse XIII

    1912

     
 
 
 
 
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