
Camille Jenatzy, « le Diable Rouge » 🔴
Camille Jenatzy (1868–1913) est un ingénieur et pilote automobile belge, passé à l'histoire comme le premier homme à avoir dépassé les 100 km/h, le 29 avril 1899, à bord d'une voiture électrique de sa conception : La Jamais Contente.
Le contexte
Né le 4 novembre 1868 à Schaerbeek (Belgique), fils d'un fabricant belge de produits en caoutchouc — dont des pneumatiques, alors tout nouveaux — il fait des études d'ingénieur en électricité et se passionne très tôt pour la traction électrique automobile. Installé à Paris, il se lance dans la fabrication de fiacres (taxis) électriques via sa Compagnie générale des transports, et se retrouve en concurrence féroce avec le carrossier Jeantaud. Sa barbe rousse et son tempérament nerveux lui valent vite le surnom de « Diable Rouge » (Red Devil en Angleterre).
La bataille des records d'Achères
Entre 1898 et 1899, Jenatzy et le comte français Gaston de Chasseloup-Laubat se livrent un duel publicitaire acharné sur la route droite d'Achères (Yvelines), chacun battant tour à tour le record du monde de vitesse terrestre :
- 17 janvier 1899 : Jenatzy atteint 66,66 km/h sur CGA électrique, record immédiatement repris par Chasseloup-Laubat (70,31 km/h)
- 27 janvier : Jenatzy reprend l'avantage à 80,35 km/h
- 4 mars : Chasseloup-Laubat contre à 92,78 km/h
- 29 avril 1899 : Jenatzy pulvérise tout avec 105,88 km/h — le kilomètre est couvert en 34 secondes
- C'est la première fois qu'un véhicule automobile franchit la barrière symbolique des 100 km/h. Ce record tiendra jusqu'en avril 1902, battu par Léon Serpollet et sa voiture à vapeur « Œuf de Pâques ».
La Jamais Contente
Pour l'anecdote technique, la voiture est un obus de 3,80 m en partinium (alliage léger d'aluminium et de magnésium), carrossée par J. Rothschild & Fils — souvent considérée comme la première voiture profilée (streamlined) de l'histoire. Elle est propulsée par deux moteurs électriques Postel-Vinay (~68 ch), alimentés par des batteries Fulmen pesant près de la moitié des 1 450 kg de l'engin. Elle roulait sur les premiers pneus Michelin… mais n'avait pas de vrais freins, seulement des « ralentisseurs » à tambour. L'original est aujourd'hui exposé au Musée national de la voiture de CompiègneLa suite de sa carrière
Après le record, Jenatzy reste un pilote de tout premier plan :
- Vainqueur de courses de côte à Chanteloup (1898, 1899), Malchamps à Spa (1900)
- Vainqueur de la coupe Gordon Bennett 1903 près d'Athy en Irlande, sur Mercedes 60 hp
- 2ᵉ de la Gordon Bennett 1904 à Hambourg
- En 1909, il atteint même les 200 km/h à Ostende sur Mercedes
Il reprend ensuite la manufacture de caoutchouc familiale à la mort de son père.
Une mort ironique
Le 8 décembre 1913, lors d'une partie de chasse à Habay-la-Neuve, Jenatzy se cache derrière un buisson pour effrayer ses amis en imitant des bruits de bête sauvage. Alfred Madoux, directeur de L'Étoile belge, prend sa tignasse rousse pour le pelage d'un chevreuil et tire. Grièvement blessé, Jenatzy meurt à l'hôpital à 45 ans — non sans avoir glissé à son ami, avec un dernier sourire : « Tu te rappelles Alfred, je t'avais prédit que je mourrais dans une Mercedes. Eh bien, j'avais raison ! »