
La Hartge H35-24 : l'histoire
Les origines. Fondée en 1971 par Herbert Hartge (avec ses frères Andreas et Rolf) à Beckingen, en Sarre, l'entreprise Hartge s'est spécialisée dans la préparation des BMW. Sa philosophie : mettre un maximum de puissance dans des carrosseries les plus compactes possible. En 1985, la KBA (l'autorité allemande) lui accorde le statut de constructeur à part entière — une rareté pour un préparateur indépendant. Dès lors, chaque voiture reçoit une plaque VIN « Hartge Motorsport » à la place de celle de BMW : ce ne sont plus des BMW modifiées, mais des Hartge.
La genèse de la H35-24. Hartge prépare la gamme E30 dès 1981 (H23, H26, H27…). Le sommet en est la lignée H35 : un « gros six » BMW M30 de 3,4-3,5 litres greffé dans la compacte Série 3. La H35-24, lancée en octobre 1985, en est l'aboutissement : elle reçoit le légendaire moteur M88/3 24 soupapes, 3,5 litres, issu de la BMW M1 et utilisé dans la M635 CSi — développant 286 ch (parfois annoncé à 300, voire 330 ch préparé). Intégrer ce bloc massif, la boîte Getrag 5 rapports et le différentiel du coupé M dans la petite carrosserie E30 relevait du tour de force : remontage du compartiment moteur, réservoir d'essence supplémentaire de 35 litres, suspensions et freinage spécifiques. Performances : environ 260 km/h, de quoi inquiéter Porsche et Ferrari à l'époque.
La H35-24S sur base M3. En 1986-1988, Hartge transpose le concept sur la nouvelle E30 M3 : c'est la H35-24S (parfois appelée H36), avec le M88 poussé à environ 330 ch. Mais elle vit dans l'ombre des M3 « officielles » et reste ultra confidentielle : seuls six exemplaires auraient été construits à l'usine de Beckingen, chiffre invérifiable car ces voitures étaient des projets uniques, fabriquées à la demande, parfois par des agents Hartge hors d'Allemagne (comme Waterloo Motors en Belgique).
Aujourd'hui. La H35-24 est devenue une voiture « mythique » du tuning allemand des années 80, très recherchée des collectionneurs. Anecdote récente : en 2026, un couple français, Éric et Sylvie Forestier, a racheté un exemplaire retrouvé dans un musée en Finlande et l'a ramené à Beckingen, où Rolf Hartge en personne l'a accueilli — après un passage tonifiant au Nürburgring.

