
La Bristol 401 : l'aérodynamique au service du luxe britannique
Origines : d'avions en automobiles
La Bristol 401 doit son existence à un reconversion industrielle. La Bristol Aeroplane Company, fondée en 1910 comme constructeur d'avions, se retrouve après la Seconde Guerre mondiale avec des capacités de production excédentaires. À l'instar de Saab en Suède, l'entreprise britannique se tourne alors vers l'automobile. Sa première voiture, la Bristol 400 (1946), repose sur des composants techniques issus des BMW 326, 327 et 328 d'avant-guerre, dont Bristol avait acquis les plans et l'outillage à titre de réparations de guerre .
Naissance du 401 (1948-1953)
Si le 400 est bien accueilli au Royaume-Uni, ses marchés d'exportation lui reprochent son habitabilité réduite, notamment à l'arrière et dans le coffre. Dès 1947, Bristol décide donc de développer un nouveau modèle. Le projet aboutit à la 401, présentée au London Motor Show à l'automne 1948 et commercialisée à partir de 1949, d'abord en parallèle du 400 avant de le remplacer
Le 401 conserve la mécanique de son prédécesseur — le fameux 6-cylindres en ligne 2 litres dérivé du BMW 328 à culasse hémisphérique et ses deux tiges de poussée séparées pour les soupapes d'échappement — mais reçoit une carrosserie entièrement nouvelle en aluminium, dessinée avec l'aide de la Carrozzeria Touring de Milan. Cette carrosserie adopte la méthode Superleggera : des panneaux d'alliage tendus sur une armature tubulaire en acier. La forme aérodynamique a été peaufinée par des heures d'essais en soufflerie chez Bristol, ce qui vaut au 401 d'être surnommé le premier des « Aerodyne Bristols » .
Performances et chiffres clés
- Production : 611 exemplaires entre 1948 et 1953 — la plus grosse série de toute l'histoire de Bristol.
- Première berline 2 litres à atteindre 160 km/h en vitesse de pointe.
- Puissance : environ 85 ch pour une accélération de 0 à 60 mph (97 km/h) en 16,4 s .
- Détail de style notable : les poignées de porte sont encastrées pour préserver le profil aérodynamique .
Carrosseries spéciales et versions dérivées
- Bristol 402 : cabriolet dérivé du 401, présenté en même temps que lui mais produit à seulement 23 exemplaires, ce qui en fait l'une des voitures historiques les plus rares de son époque.
- Cabriolets Pinin Farina : 3 exemplaires à carrosserie ponton dessinés par le studio turinois, commandés par H. J. Aldington, un des premiers propriétaires de Bristol Cars.
- 401 Touring : 7 à 10 exemplaires supplémentaires carrossés directement à Milan par Touring, vendus environ 420 £ de plus que la version standard .
- Reconstructions custom : quelques châssis ont reçu des carrosseries refaites, comme le châssis 4011023 rebâti en 1953 par le préparateur David Creed avec un hayon fastback et une calandre ovale .
Descendance
Le 401 est remplacé en 1953 par le Bristol 403, qui conserve la même ligne mais apporte des améliorations mécaniques notables : soupapes plus grandes, paliers de 54 mm (contre 51), 100 ch au lieu de 85, freins à tambour « Alfins » ailetés en aluminium et barre antiroullement avant. Le 403 reste le dernier Bristol avec calandre style BMW et descend sous les 14 s au 0 à 60 mph .
Valeur actuelle
En condition moyenne, une Bristol 401 se négocie autour de 19 870 £, avec des records de vente allant jusqu'à 56 988 £ pour les plus beaux exemplaires.
En résumé, la Bristol 401 incarne un moment charnière : celui où Bristol quitte l'héritage BMW de la 400 pour imposer un style aérodynamique très personnel, fruit d'une collaboration fructueuse avec Touring. Une voiture rare (611 unités), techniquement raffinée et première berline 2 litres à franchir les 160 km/h.


